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Manifeste du regroupementTable des matièresPerspective historique Perspective historiqueD'où venons-nous? Que sommes-nous? Où allons-nous?1 C'est à ces questions que nous voulions répondre lors du Congrès d'orientation de 1991. Le deuxième Congrès dorientation, tenu en octobre 1998, a actualisé ces réponses à la situation daujourdhui. En ce sens, chacun de nos congrès d'orientation marque des points tournants dans notre histoire car ils nous permettent de renouer avec ce qui constitue le cur et l'âme des ressources alternatives. Nous avons en effet réaffirmé qu'au-delà d'un regroupement il existe un mouvement social alternatif qui est :
Nous avons redit que nous sommes "mouvement" parce que nous introduisons dans le champ du social de nouvelles valeurs basées sur :
Le mouvement alternatif québécois a été tributaire de plusieurs courants idéologiques dont celui de l'anti-psychiatrie qui a radicalement remis en cause les fondements mêmes de la psychiatrie dite moderne, c'est-à-dire celle qui se voulait basée sur le seul modèle médical. Au Québec, c'est aussi et surtout l'échec d'une certaine psychiatrie sociale qui a fait naître le besoin et le désir de chercher "ailleurs et autrement" les moyens de répondre à la souffrance émotionnelle. En effet, les cliniques externes de psychiatrie, abusivement appelée "psychiatrie communautaire" ont emboîté le pas à la désinstitutionnalisation et ont reproduit jusque dans la communauté la trilogie du modèle encore largement dominant en psychiatrie : hégémonie du psychiatre, médication, hospitalisation à répétition. Prenant acte de cette évolution historique, le RRASMQ cherche à redéfinir ce qu'est l'alternative, non seulement à partir de ce qui nous différencie du modèle dominant, mais à partir de nos propres pratiques. Contexte économique social et politique du QuébecC'est également dans le contexte général de la redéfinition du statut politique du Québec que se situe la tentative du Regroupement des ressources alternatives à se redéfinir lui-même. Nous sommes tous et toutes marqués par l'ambivalence profonde qui caractérise la quête de l'identité québécoise. En effet, cette quête vise plutôt le redécoupage de l'espace politique et économique dans lequel évolue le Québec. Elle ne concerne que très peu le type de société que nous voulons construire. Le Québec veut être "ailleurs", mais pas tellement "autrement". En l'absence d'un projet original de société, c'est le modèle néo-libéral pur et dur qui domine la pensée et l'action des citoyens et citoyennes. Ce "modèle" de développement reproduit jour après jour une contradiction insoutenable : celle de la croissance des inégalités au sein de l'accroissement de la richesse collective. Des lois, en particulier la loi sur la sécurité du revenu et celle sur l'assurance-chômage, accentuent cette tendance. L'appauvrissement de secteurs de plus en plus larges de la population, dont les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale, constitue la caractéristique majeure de ce Québec désormais cassé en deux. Dans le champ social, cette redéfinition de l'alternative se situe dans le contexte de la réforme de la santé et des services sociaux où le maître-mot est celui du partenariat et de la complémentarité obligée avec le réseau étatique. Une complémentarité qui risque d'aboutir à l'homogénéisation et à l'uniformisation des modes de pensée et des pratiques. Dans un tel contexte, penser et agir "autrement" devient une exigence et une responsabilité sociale auxquelles notre Regroupement doit répondre. La politique de santé mentale du Québec a aussi considérablement marqué les différents acteurs sociaux dont, bien sûr, les ressources alternatives et communautaires en santé mentale. Depuis la fin des années 1980, nous avons vécu au pas de course la régionalisation accélérée du "programme-cadre" santé mentale et participé dans toutes les régions du Québec à l'élaboration et au suivi de limplantation des plans d'organisation de services. Nous avons assisté à la récupération par le réseau d'un certain vocabulaire qui avait historiquement appartenu au mouvement communautaire et alternatif. C'est ainsi que maintenant tout ce qui a pignon sur rue est qualifié de "communautaire"... y compris l'hôpital psychiatrique, sans oublier, bien sûr, les ressources intermédiaires! C'est ainsi que "la personne au centre" est devenu le mot magique de la planification des services en santé mentale. Ces emprunts de vocabulaire démontrent la forte pression populaire exercée sur les institutions pour lhumanisation des soins et services en santé mentale. Dans ce cadre, les alternatives ont plus que jamais un rôle de vigilance à exercer afin de préciser leurs valeurs et pratiques et se démarquer ainsi des simples changements cosmétiques opérés dans le discours du réseau public. Prenant acte du contexte économique, social et politique du Québec, le RRASMQ cherche toujours à définir l'alternative en santé mentale en l'insérant étroitement dans ce contexte. Une définition sans cesse en mouvement
D'entrée de jeu, nous voulons éviter le piège d'une définition de l'alternative qui serait rivée dans le ciment. Les définitions sont toujours réductrices et enfermantes; elles peuvent aussi inciter à l'exclusion. Elles sont par ailleurs nécessaires à toute cohésion au sein d'un regroupement, à toute reconnaissance réciproque entre les membres. C'est dans cet esprit que les congrès d'orientation de 1991 et 1998 ont indiqué la volonté des membres du RRASMQ de travailler à mieux cerner les principaux éléments d'une approche et d'une pratique alternatives.
Nous voulons plutôt parler en termes de balises pour la réflexion et l'action, d'indications, d'objectifs vers lesquels il faut tendre; parler en termes de mouvance, de processus, de mouvement, bref, d'une définition en constante redéfinition. Les congrès d'orientation de 1991 et de 1998 ont permis de préciser à la fois ce qui fait et ce qui ne fait pas consensus au sein de notre regroupement. Ils ont indiqué ce qui doit continuer de faire l'objet d'approfondissement et de discussion, d'échange et de débat. Les congrès ont ainsi manifesté la capacité des ressources membres de vivre avec certaines "zones grises" et de remettre en question certaines idées considérées comme acquises. Le RRASMQ travaille de façon à ce que toute tentative de définition des ressources alternatives en santé mentale s'inscrive dans une perspective dynamique évitant ainsi le piège des définitions statiques. Principaux éléments d'une approche et d'une pratique alternative1. Variété, diversité, pluralisme des manières d'être et d'agir Le RRASMQ constitue un véritable kaléidoscope de ressources différentes quant aux personnes qui les fréquentent, quant à leurs mandats et à leurs pratiques, quant aux exigences des milieux dans lesquels elles évoluent :
Bref, il y a maintenant au Regroupement plus d'une centaine de ressources et donc autant de façons différentes d'être et d'agir. Cette variété de missions que se donnent les ressources alternatives introduit des variétés différentes de relations entre les usager-ère-s, entre les usager-ère-s et les intervenant-e-s et entre les ressources et la communauté. Le RRASMQ témoigne ainsi de la créativité, de la diversité, du pluralisme et par conséquent de l'impossibilité de river l'alternative dans une seule façon de faire. La folie nous invite à inventer et à diversifier plutôt qu'à homogénéiser : elle ne se laisse pas enfermer dans une seule façon de penser et d'agir. La réponse à la souffrance émotionnelle doit donc être plurielle. Aucune des nombreuses ressources que compte à l'heure actuelle le RRASMQ ne se ressemble. Chacune a sa particularité, sa couleur locale, ses pratiques. C'est là une richesse inestimable qu'il faut préserver et développer à tout prix. C'est aussi une caractéristique qui nous invite à une très grande tolérance entre les groupes membres qui nous rappelle sans cesse l'impérieuse nécessité d'accepter la différence. Nous affirmons : Que la variété, la diversité et le pluralisme des approches au sein des ressources alternatives constituent une des caractéristiques de notre regroupement. 2. Alliance historique entre ressources différentes ; alliance historique entre usager-ère-s et intervenant-e-s Les congrès d'orientation de 1991 et de 1998 ont clairement indiqué leur volonté de reconduire l'alliance historique entre des ressources aux pratiques très diversifiées mais à la philosophie commune, l'alliance entre usager-ère-s et intervenant-e-s. L'ensemble des participant-e-s ont exprimé que, au-delà des différences certaines, ce sont les intérêts communs qui priment. Le RRASMQ réaffirme la nécessité de maintenir et de consolider l'alliance historique, entendue au sens de liens privilégiés entre usager-ère-s et intervenant-e-s au sein des ressources alternatives et entre les ressources elles-mêmes. Le RRASMQ invite les ressources membres à débattre des divergences qui existent au sein de notre regroupement. 3. La polyvalence des ressources alternatives Cette variété, cette diversité et ce pluralisme appellent une autre caractéristique fondamentale des ressources alternatives : la polyvalence. En effet, les congrès d'orientation ont souligné à plusieurs reprises le fait que les ressources, tout en développant davantage l'un ou l'autre volet d'intervention, déploient un ensemble d'activités qui visent à répondre globalement aux besoins des personnes. C'est ainsi, par exemple, que toutes se préoccupent à des degrés divers des conditions de logement et d'accès au travail de leurs membres. Nous affirmons : Que la polyvalence des ressources alternatives doit être reconnue et défendue comme étant une des caractéristiques essentielles de l'approche et des pratiques alternatives. La diversité des ressources alternatives se déploie au sein d'une philosophie commune. Aussi, les congrès d'orientation se sont-ils appliqués à cerner ce qui nous unit, ce qui nous rassemble, ce qui tisse nos solidarités communes, ce qui nous permet de contribuer ensemble au développement d'un mouvement alternatif en santé mentale au Québec. Les participant-e-s ont clairement indiqué leur adhésion aux principes suivants: 4.1 Une conception globale de la personne
Les ressources alternatives en santé mentale adoptent les balises dune intervention respectueuse des femmes 4:
4.2 La réappropriation du pouvoir
4.3 La qualité de l'accueil
4.4 Des ressources à taille humaine
4.5 Des ressources imbriquées dans la communauté
4.6 Des ressources engagées socialement et politiquement
4.7 Lentraide, valeur commune de lalternative
Nous affirmons: Que l'ensemble des caractéristiques mentionnées ci-haut constituent les principaux éléments de la philosophie commune des ressources membres du Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec. 5. Des questionnements communs Les congrès d'orientation de 1991 et de 1998 ont clairement indiqué que tout ne fait pas consensus au sein de notre regroupement, qu'il existe des "zones grises", des aspects de notre réalité que nous nous devons d'approfondir davantage. Mais, du même souffle, ces congrès ont indiqué que les ressources sont en mesure d'assumer collectivement ces questionnements. Et parmi ceux-ci, nous nous devrons, dans un avenir rapproché, de travailler : 5.1 Les rapports "égalitaires" Toute la question des rapports égalitaires entre intervenant-e-s et usager-ère-s. Nous sommes égaux en tant que personnes humaines, mais, dans des ressources qui veulent offrir une aide et une certaine réponse à la souffrance émotionnelle, il ne faut pas nier les différences qui existent entre usager-ère-s, intervenant-e-s (professionnel-le-s ou aidant-e-s naturel-le-s). Plusieurs ateliers ont dit être capables de vivre avec ces différences. Plusieurs ont également souhaité nommer différemment les rapports entre intervenant-e-s et usager-ère-s. Les ressources membres du Regroupement respectent la valeur de légalité (dans le sens dun respect mutuel, de la confiance et de la dignité) en adoptant un modèle de gestion participative, cest-à dire où les employé-e-s et les usager-ère-s ont accès à une réelle participation et non uniquement à une consultation. 5.2 La présence des usager-ère-s au conseil d'administration de certaines ressources Il s'agit plus particulièrement des ressources d'intervention thérapeuti-que, d'hébergement, de services divers, d'intervention de crise. Est-ce que des "usager-ère-s de service" y siègent juste parce qu'il s'agit d'un critère du Regroupement mais que ça n'a rien à voir avec la réalité? Est-ce réaliste de poser cette exigence? 5.3 Les critères d'admission dans notre regroupement Exemple: Est-ce qu'on peut vivre avec des ressources qui ont sur leur conseil d'administration des représentant-e-s du réseau ou des gens qui travaillent dans le réseau. Est-ce qu'on irait jusqu'à accepter des ressources intermédiaires si on pousse la logique jusqu'au bout? 5.4 Des ressources à taille humaine La notion de "taille humaine", la mesure de laccueil dun "pas trop grand nombre de personnes à la fois" ou ce que seraient "des structures administratives légères" sont des critères relatifs, difficiles à appliquer. Devrions-nous établir des limites à la croissance de nos ressources (nombre de points de service ou de programmes)? Faut-il décréter une limite au nombre dusager-ère-s qui peuvent être acceuilli-e-s dans une ressource alternative? Certaines formes dadministration doivent-elles être proscrites par lalternative? Le RRASMQ entend assumer ces questionnements dans un esprit de recherche, d'approfondissement et de partage des expériences.
1. Selon les mots du peintre Paul Gauguin "D'où venons-nous? Que sommes-nous? Où allons-nous?". 2. LEntraide... pratique alternative en santé mentale, Guide de la philosophie et des pratiques des groupes dentraide en santé mentale membres du RRASMQ, adopté par lassemblée générale de juin 1996. 3. Le "Cadre de référence au traitement alternatif" du RRASMQ en définit le tronc commun, tel quadopté par lassemblée générale de juin 1998. 4.Les Balises dune intervention respectueuse des femmes dans les ressources alternatives en santé mentale, Document de travail rédigé par le comité "Femmes et santé mentale". |