Manifeste du regroupement

    1. Variété, diversité, pluralisme des manières d'être et d'agir
    2. Alliance historique entre ressources différentes ; alliance historique entre usager-ère-s et intervenant-e-s
    3. La polyvalence des ressources alternatives
    4. Une philosophie commune
    5. Des questionnements communs

Perspective historique

D'où venons-nous? Que sommes-nous? Où allons-nous?1 C'est à ces questions que nous voulions répondre lors du Congrès d'orientation de 1991. Le deuxième Congrès d’orientation, tenu en octobre 1998, a actualisé ces réponses à la situation d’aujourd’hui.

En ce sens, chacun de nos congrès d'orientation marque des points tournants dans notre histoire car ils nous permettent de renouer avec ce qui constitue le cœur et l'âme des ressources alternatives.

Nous avons en effet réaffirmé qu'au-delà d'un regroupement il existe un mouvement social alternatif qui est :

  • porteur d'une façon "autre" d'accueillir la souffrance et la détresse;
  • porteur d'une conception globale de la personne et de ses liens avec son entourage;
  • porteur d'une vision de la communauté en tant qu'actrice de son développement.

Nous avons redit que nous sommes "mouvement" parce que nous introduisons dans le champ du social de nouvelles valeurs basées sur :

  • le pluralisme des approches et des pratiques;
  • la réappropriation par les personnes du pouvoir sur elles-mêmes;
  • l'accès au statut de citoyen ou de citoyenne;
  • la justice sociale;
  • la démocratisation de nos lieux d'existence.

Le mouvement alternatif québécois a été tributaire de plusieurs courants idéologiques dont celui de l'anti-psychiatrie qui a radicalement remis en cause les fondements mêmes de la psychiatrie dite moderne, c'est-à-dire celle qui se voulait basée sur le seul modèle médical.

Au Québec, c'est aussi et surtout l'échec d'une certaine psychiatrie sociale qui a fait naître le besoin et le désir de chercher "ailleurs et autrement" les moyens de répondre à la souffrance émotionnelle. En effet, les cliniques externes de psychiatrie, abusivement appelée "psychiatrie communautaire" ont emboîté le pas à la désinstitutionnalisation et ont reproduit jusque dans la communauté la trilogie du modèle encore largement dominant en psychiatrie : hégémonie du psychiatre, médication, hospitalisation à répétition.

Prenant acte de cette évolution historique, le RRASMQ cherche à redéfinir ce qu'est l'alternative, non seulement à partir de ce qui nous différencie du modèle dominant, mais à partir de nos propres pratiques.

Contexte économique social et politique du Québec

C'est également dans le contexte général de la redéfinition du statut politique du Québec que se situe la tentative du Regroupement des ressources alternatives à se redéfinir lui-même. Nous sommes tous et toutes marqués par l'ambivalence profonde qui caractérise la quête de l'identité québécoise.

En effet, cette quête vise plutôt le redécoupage de l'espace politique et économique dans lequel évolue le Québec. Elle ne concerne que très peu le type de société que nous voulons construire. Le Québec veut être "ailleurs", mais pas tellement "autrement".

En l'absence d'un projet original de société, c'est le modèle néo-libéral pur et dur qui domine la pensée et l'action des citoyens et citoyennes. Ce "modèle" de développement reproduit jour après jour une contradiction insoutenable : celle de la croissance des inégalités au sein de l'accroissement de la richesse collective. Des lois, en particulier la loi sur la sécurité du revenu et celle sur l'assurance-chômage, accentuent cette tendance. L'appauvrissement de secteurs de plus en plus larges de la population, dont les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale, constitue la caractéristique majeure de ce Québec désormais cassé en deux.

Dans le champ social, cette redéfinition de l'alternative se situe dans le contexte de la réforme de la santé et des services sociaux où le maître-mot est celui du partenariat et de la complémentarité obligée avec le réseau étatique. Une complémentarité qui risque d'aboutir à l'homogénéisation et à l'uniformisation des modes de pensée et des pratiques. Dans un tel contexte, penser et agir "autrement" devient une exigence et une responsabilité sociale auxquelles notre Regroupement doit répondre.

La politique de santé mentale du Québec a aussi considérablement marqué les différents acteurs sociaux dont, bien sûr, les ressources alternatives et communautaires en santé mentale. Depuis la fin des années 1980, nous avons vécu au pas de course la régionalisation accélérée du "programme-cadre" santé mentale et participé dans toutes les régions du Québec à l'élaboration et au suivi de l’implantation des plans d'organisation de services.

Nous avons assisté à la récupération par le réseau d'un certain vocabulaire qui avait historiquement appartenu au mouvement communautaire et alternatif. C'est ainsi que maintenant tout ce qui a pignon sur rue est qualifié de "communautaire"... y compris l'hôpital psychiatrique, sans oublier, bien sûr, les ressources intermédiaires! C'est ainsi que "la personne au centre" est devenu le mot magique de la planification des services en santé mentale. Ces emprunts de vocabulaire démontrent la forte pression populaire exercée sur les institutions pour l’humanisation des soins et services en santé mentale. Dans ce cadre, les alternatives ont plus que jamais un rôle de vigilance à exercer afin de préciser leurs valeurs et pratiques et se démarquer ainsi des simples changements cosmétiques opérés dans le discours du réseau public.

Prenant acte du contexte économique, social et politique du Québec, le RRASMQ cherche toujours à définir l'alternative en santé mentale en l'insérant étroitement dans ce contexte.

Une définition sans cesse en mouvement

  • Éviter le piège d'une définition statique

D'entrée de jeu, nous voulons éviter le piège d'une définition de l'alternative qui serait rivée dans le ciment. Les définitions sont toujours réductrices et enfermantes; elles peuvent aussi inciter à l'exclusion. Elles sont par ailleurs nécessaires à toute cohésion au sein d'un regroupement, à toute reconnaissance réciproque entre les membres. C'est dans cet esprit que les congrès d'orientation de 1991 et 1998 ont indiqué la volonté des membres du RRASMQ de travailler à mieux cerner les principaux éléments d'une approche et d'une pratique alternatives.

  • Axer nos énergies sur le processus, le mouvement

Nous voulons plutôt parler en termes de balises pour la réflexion et l'action, d'indications, d'objectifs vers lesquels il faut tendre; parler en termes de mouvance, de processus, de mouvement, bref, d'une définition en constante redéfinition.

Les congrès d'orientation de 1991 et de 1998 ont permis de préciser à la fois ce qui fait et ce qui ne fait pas consensus au sein de notre regroupement. Ils ont indiqué ce qui doit continuer de faire l'objet d'approfondissement et de discussion, d'échange et de débat. Les congrès ont ainsi manifesté la capacité des ressources membres de vivre avec certaines "zones grises" et de remettre en question certaines idées considérées comme acquises.

Le RRASMQ travaille de façon à ce que toute tentative de définition des ressources alternatives en santé mentale s'inscrive dans une perspective dynamique évitant ainsi le piège des définitions statiques.

Principaux éléments d'une approche et d'une pratique alternative

1. Variété, diversité, pluralisme des manières d'être et d'agir

Le RRASMQ constitue un véritable kaléidoscope de ressources différentes quant aux personnes qui les fréquentent, quant à leurs mandats et à leurs pratiques, quant aux exigences des milieux dans lesquels elles évoluent :

  • Il y a des ressources d'entraide2 composées exclusivement de gens ayant un vécu psychiatrique;
  • Il y a des ressources d'entraide qui fonctionnent avec des intervenant-e-s qui n'ont pas de vécu psychiatrique mais qui ne sont pas non plus des intervenant-e-s professionnel-le-s et qu'on pourrait appeler des aidant-e-s naturel-le-s;
  • Il y a des ressources d'entraide qui fonctionnent avec des intervenant-e-s professionnel-le-s;
  • Il y a des ressources d'hébergement;
  • Il y a des centres de crise;
  • Il y a des milieux de jours;
  • Il y a des ressources de suivi et d'accompagnement dans la communauté;
  • Il y a des ressources qui se définissent comme thérapeutiques et qui sont elles-mêmes très différentes les unes des autres dans leurs approches et leurs méthodes de travail; leur intervention se fait à partir du "Cadre de référence au traitement alternatif" 3.
  • Il y a des centres d'écoute;
  • Il y a des ressources axées plus particulièrement sur les arts;
  • Il y a des ressources de réinsertion au travail;

Bref, il y a maintenant au Regroupement plus d'une centaine de ressources et donc autant de façons différentes d'être et d'agir. Cette variété de missions que se donnent les ressources alternatives introduit des variétés différentes de relations entre les usager-ère-s, entre les usager-ère-s et les intervenant-e-s et entre les ressources et la communauté.

Le RRASMQ témoigne ainsi de la créativité, de la diversité, du pluralisme et par conséquent de l'impossibilité de river l'alternative dans une seule façon de faire. La folie nous invite à inventer et à diversifier plutôt qu'à homogénéiser : elle ne se laisse pas enfermer dans une seule façon de penser et d'agir. La réponse à la souffrance émotionnelle doit donc être plurielle.

Aucune des nombreuses ressources que compte à l'heure actuelle le RRASMQ ne se ressemble. Chacune a sa particularité, sa couleur locale, ses pratiques. C'est là une richesse inestimable qu'il faut préserver et développer à tout prix. C'est aussi une caractéristique qui nous invite à une très grande tolérance entre les groupes membres qui nous rappelle sans cesse l'impérieuse nécessité d'accepter la différence.

Nous affirmons :

Que la variété, la diversité et le pluralisme des approches au sein des ressources alternatives constituent une des caractéristiques de notre regroupement.

2. Alliance historique entre ressources différentes ; alliance historique entre usager-ère-s et intervenant-e-s

Les congrès d'orientation de 1991 et de 1998 ont clairement indiqué leur volonté de reconduire l'alliance historique entre des ressources aux pratiques très diversifiées mais à la philosophie commune, l'alliance entre usager-ère-s et intervenant-e-s. L'ensemble des participant-e-s ont exprimé que, au-delà des différences certaines, ce sont les intérêts communs qui priment.

Le RRASMQ réaffirme la nécessité de maintenir et de consolider l'alliance historique, entendue au sens de liens privilégiés entre usager-ère-s et intervenant-e-s au sein des ressources alternatives et entre les ressources elles-mêmes.

Le RRASMQ invite les ressources membres à débattre des divergences qui existent au sein de notre regroupement.

3. La polyvalence des ressources alternatives

Cette variété, cette diversité et ce pluralisme appellent une autre caractéristique fondamentale des ressources alternatives : la polyvalence. En effet, les congrès d'orientation ont souligné à plusieurs reprises le fait que les ressources, tout en développant davantage l'un ou l'autre volet d'intervention, déploient un ensemble d'activités qui visent à répondre globalement aux besoins des personnes. C'est ainsi, par exemple, que toutes se préoccupent à des degrés divers des conditions de logement et d'accès au travail de leurs membres.

Nous affirmons :

Que la polyvalence des ressources alternatives doit être reconnue et défendue comme étant une des caractéristiques essentielles de l'approche et des pratiques alternatives.

4. Une philosophie commune

La diversité des ressources alternatives se déploie au sein d'une philosophie commune. Aussi, les congrès d'orientation se sont-ils appliqués à cerner ce qui nous unit, ce qui nous rassemble, ce qui tisse nos solidarités communes, ce qui nous permet de contribuer ensemble au développement d'un mouvement alternatif en santé mentale au Québec. Les participant-e-s ont clairement indiqué leur adhésion aux principes suivants:

4.1 Une conception globale de la personne

  • La personne a une histoire, elle vit dans un milieu donné et dans des conditions économiques, sociales, culturelles et politiques qui impriment à sa souffrance des caractéristiques propres et qui marquent ses relations avec les autres;
  • L’alternative reconnaît à la personne son droit à la différence et respecte son intégrité;
  • L’alternative intègre dans la notion de "globalité", l’humanité et la sensibilité et pas seulement la différence;
  • La personne n’est pas perçue d’abord et seulement à partir de ses difficultés, de ses handicaps, de ses déficits; elle n’est pas un diagnostic ambulant. L’alternative ne la considère pas seulement à partir de sa difficulté d’être, mais dans sa capacité d’être;
  • L’alternative intègre la notion de "plaisir", c’est-à-dire que la difficulté est intégrée dans l’ensemble de la vie y compris les dimensions de plaisir;
  • L’alternative questionne aussi le rapport au travail. Elle soutient la mise sur pied de ressources visant l’insertion économique ou sociale dans une perspective globale de la personne et en respect de ses demandes et besoins;
  • Une conception globale de la personne prend aussi en compte la situation spécifique des femmes :

Les ressources alternatives en santé mentale adoptent les balises d’une intervention respectueuse des femmes 4:

  • Reconnaître que le sexe social joue un rôle déterminant dans les problèmes de santé mentale;
  • Recoonnaître que l’inégalité des relations entre les hommes et les femmes joue un rôle déterminant dans les problèmes de santé mentale des hommes et des femmes;
  • Reconnaître que les caractéristiques individuelles et le développe-ment propre à chaque femme jouent un rôle déterminant dans l’apparition et l’évolution de ses problèmes de santé mentale;
  • Accueillir les femmes dans leur réalité et leur spécificité de femmes, les écouter, les entendre, les croire;
  • Travailler à la réappropriation du pouvoir des femmes sur leur vie et leur environnement;
  • Valoriser le potentiel, les connaissances et l’expérience des femmes;
  • Conscientiser et agir sur les stéréotypes sexistes;
  • Construire des rapports égalitaires entre les hommes et les femmes;
  • Stimuler l’entraide et la solidarité entre femmes;
  • Favoriser la participation des femmes à la vie associative et aux lieux de pouvoir décisionnel;
  • S’engager socialement et politiquement pour faire changer la situation des femmes.

4.2 La réappropriation du pouvoir

  • L'alternative respecte et encourage le pouvoir que la personne qui demande de l'aide a sur elle-même. Ceci, en opposition à ce qu'on retrouve dans le réseau étatique où la personne n'a pas vraiment le choix de ce qui lui est offert et de ce qui lui arrive;
  • L'alternative vise à créer les conditions nécessaires permettant à la personne de se réapproprier le pouvoir sur elle-même, sur sa situation, sur son environnement;
  • L'alternative permet à la personne d'avoir le choix de ce qu'elle vit, dont le choix d'intervenir dans le cadre dans lequel elle se trouve; elle a le choix d'abandonner ou de continuer et donc elle a une entière liberté sur ce qui va lui arriver;
  • Dans la ressource alternative, on vise à garder le contrôle sur notre réalité et sur les circonstances qui entourent les difficultés qu'on vit;
  • L'alternative favorise l'accès à tous les lieux de pouvoir décisionnels au sein des ressources et travaille à améliorer, développer, inventer des formes nouvelles d'exercice du pouvoir. Ce faisant, l'alternative travaille à redonner aux usagers et aux usagères leur statut de citoyens et de citoyennes à part entière;
  • L'alternative travaille à ce que les personnes ne deviennent pas que de simples consommateur-trice-s de services mais apprennent à devenir des acteur-trice-s. En ce sens, au sein des ressources, tout le monde est acteur mais avec des rôles différents selon qu'on est aidé ou aidant : il n'y a pas de spectateur-trice-s contrairement à ce qu'on retrouve dans les institutions psychiatriques ou dans le réseau en général;
  • L'alternative permet aussi la contestation par les personnes, indivi-duellement et collectivement, du pouvoir psychiatrique;
  • L’alternative s’engage à respecter, à promouvoir et à soutenir concrète-ment le droit à la gestion autonome de la médication.

4.3 La qualité de l'accueil

  • L'alternative accorde beaucoup d'importance à la chaleur humaine, beaucoup d'attention à la dimension humaine des rapports, à la capacité de communiquer les uns avec les autres;
  • L'alternative accueille la souffrance et ne cherche pas seulement à la médicaliser, à l'assommer. Elle tente de créer les conditions permettant de vivre avec cette souffrance et de faire en sorte qu'elle devienne une source d'enrichissement, non seulement pour les personnes qui ont à la vivre, mais également pour leur entourage;
  • L'alternative contribue à créer un lieu et un sentiment d'appartenance parce qu'il n'y a pas de jugement porté sur les personnes. Les préjugés, c'est ailleurs que ça se passe !
  • L'alternative fait en sorte de rendre les contacts beaucoup plus directs avec les personnes avec lesquelles on a à travailler (que ce soit avec les collègues ou avec les intervenant-e-s);
  • L'alternative tente d'éviter le plus possible la hiérarchie, la bureaucratie, les rapports de domination entre les usager-ère-s et entre les usager-ère-s et les intervenant-e-s.

4.4 Des ressources à taille humaine

  • Les alternatives veulent demeurer à taille humaine, c'est-à-dire des petites ressources où on n'accueille pas un trop grand nombre de personnes à la fois et où il est plus facile d'avoir accès à la communication, à la participation;
  • Des ressources souples, en constante évolution, c'est-à-dire qu'elles se remettent perpétuellement en question selon les circonstances, les événements, la clientèle;
  • Des ressources qui manifestent une grande capacité d'adaptation;
  • Des ressources où on apprécie que les structures administratives sont extrêmement légères en général ce qui facilite la souplesse de travail, le changement et la capacité de s'adapter à ce qui se présente;
  • Des ressources où la qualité importe plus que la quantité (ce qui ne signifie pas nécessairement de plus petits budgets).

4.5 Des ressources imbriquées dans la communauté

  • L’identité alternative est indissociable d’une appartenance commu-nautaire; ceci signifie l’implication des ressources et de leur participant-e-s dans la communauté, auprès des autres groupes sociaux qui prennent la forme de pratiques d’information et d’éducation populaire ainsi que de promotion de la réappropriation individuelle et collective du pouvoir ;
  • Les ressources alternatives cherchent à tisser des liens multiples et variés avec la communauté où elles sont implantées, évitant la reproduction de l'asile dans la communauté;
  • Les alternatives se veulent partie prenante des défis vécus par les communautés locales, témoignant ainsi des contributions précieuses que peuvent apporter usager-ère-s et intervenant-e-s à leur commu-nauté;

4.6 Des ressources engagées socialement et politiquement

  • La ressource alternative affirme qu'elle a la responsabilité d'inter-venir dans la société où elle évolue;
  • Qu'elle se doit de lutter contre les préjugés;
  • Qu'elle doit s'impliquer dans les luttes sociales plus globales, en particulier dans la lutte pour l’élimination de la pauvreté;
  • Qu'elle doit constamment remettre en question le pouvoir psychia-trique et toutes les formes de domination et d'aliénation.

4.7 L’entraide, valeur commune de l’alternative

  • Les ressources membres du RRASMQ affirment que l’entraide est une valeur commune faisant partie intégrante de leur philosophie;
  • Les ressources membres du RRASMQ considèrent l’entraide comme une démarche de responsabilisation et d’actualisation de soi. Elle engendre l’estime de soi, la motivation, l’épanouissement personnel qui donnent un sens à la vie;
  • Les ressources membres du RRASMQ considèrent que l'alternative doit avoir comme orientation de créer des lieux, des temps et des espaces pour permettre l’émergence et la survie de l’entraide. Elles reconnaissent que cette notion est non seulement une valeur en soi mais aussi un processus, une démarche, une dynamique en constante évolution. Les ressources accordent une grande importance à la diversité, la valorisation et la richesse des expériences de chacune des ressources au sein du RRASMQ;
  • Les ressources membres du RRASMQ valorisent l’entraide, le partage d’expériences, la coopération et la solidarité entre personnes qui possèdent un même vécu humain. Tout en encourageant l’affirmation de soi et le développement d’un esprit critique, le RRASMQ s’oppose à la notion de compétition malsaine et d’abus de pouvoir (powertrip);
  • Les ressources membres du RRASMQ considèrent les notions d’échange et de partage comme parties intégrantes de l’entraide et accordent une importance significative à la gratuité du geste;
  • Les ressources membres du RRASMQ reconnaissent que les expériences de souffrance (détresse émotionnelle, hospitalisation, difficulté d’être, etc.), comme les expériences positives (capacité d’être, reprise du pouvoir sur soi, plaisir de vivre, etc.), constituent des formes de savoir utiles aux autres et doivent être mises à profit;
  • Les ressources membres du RRASMQ réaffirment que l’entraide est une valeur commune essentielle à l’émergence d’une solidarité non seulement entre les individus, mais aussi entre les ressources afin de créer et de consolider les liens entre les groupes membres du RRASMQ.

Nous affirmons:

Que l'ensemble des caractéristiques mentionnées ci-haut constituent les principaux éléments de la philosophie commune des ressources membres du Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec.

5. Des questionnements communs

Les congrès d'orientation de 1991 et de 1998 ont clairement indiqué que tout ne fait pas consensus au sein de notre regroupement, qu'il existe des "zones grises", des aspects de notre réalité que nous nous devons d'approfondir davantage.

Mais, du même souffle, ces congrès ont indiqué que les ressources sont en mesure d'assumer collectivement ces questionnements. Et parmi ceux-ci, nous nous devrons, dans un avenir rapproché, de travailler :

5.1 Les rapports "égalitaires"

Toute la question des rapports égalitaires entre intervenant-e-s et usager-ère-s. Nous sommes égaux en tant que personnes humaines, mais, dans des ressources qui veulent offrir une aide et une certaine réponse à la souffrance émotionnelle, il ne faut pas nier les différences qui existent entre usager-ère-s, intervenant-e-s (professionnel-le-s ou aidant-e-s naturel-le-s). Plusieurs ateliers ont dit être capables de vivre avec ces différences. Plusieurs ont également souhaité nommer différemment les rapports entre intervenant-e-s et usager-ère-s.

Les ressources membres du Regroupement respectent la valeur de l’égalité (dans le sens d’un respect mutuel, de la confiance et de la dignité) en adoptant un modèle de gestion participative, c’est-à dire où les employé-e-s et les usager-ère-s ont accès à une réelle participation et non uniquement à une consultation.

5.2 La présence des usager-ère-s au conseil d'administration de certaines ressources

Il s'agit plus particulièrement des ressources d'intervention thérapeuti-que, d'hébergement, de services divers, d'intervention de crise. Est-ce que des "usager-ère-s de service" y siègent juste parce qu'il s'agit d'un critère du Regroupement mais que ça n'a rien à voir avec la réalité? Est-ce réaliste de poser cette exigence?

5.3 Les critères d'admission dans notre regroupement

Exemple: Est-ce qu'on peut vivre avec des ressources qui ont sur leur conseil d'administration des représentant-e-s du réseau ou des gens qui travaillent dans le réseau. Est-ce qu'on irait jusqu'à accepter des ressources intermédiaires si on pousse la logique jusqu'au bout?

5.4 Des ressources à taille humaine

La notion de "taille humaine", la mesure de l’accueil d’un "pas trop grand nombre de personnes à la fois" ou ce que seraient "des structures administratives légères" sont des critères relatifs, difficiles à appliquer. Devrions-nous établir des limites à la croissance de nos ressources (nombre de points de service ou de programmes)? Faut-il décréter une limite au nombre d’usager-ère-s qui peuvent être acceuilli-e-s dans une ressource alternative? Certaines formes d’administration doivent-elles être proscrites par l’alternative?

Le RRASMQ entend assumer ces questionnements dans un esprit de recherche, d'approfondissement et de partage des expériences.


1. Selon les mots du peintre Paul Gauguin "D'où venons-nous? Que sommes-nous? Où allons-nous?".

2. L’Entraide... pratique alternative en santé mentale, Guide de la philosophie et des pratiques des groupes d’entraide en santé mentale membres du RRASMQ, adopté par l’assemblée générale de juin 1996.

3. Le "Cadre de référence au traitement alternatif" du RRASMQ en définit le tronc commun, tel qu’adopté par l’assemblée générale de juin 1998.

4.Les Balises d’une intervention respectueuse des femmes dans les ressources alternatives en santé mentale, Document de travail rédigé par le comité "Femmes et santé mentale".