L’Équipe de recherche et d’action en santé mentale et culture (ÉRASME), une expérience de recherche en partenariat qui dure depuis plus de quinze ans


Afin de répondre au mandat concernant l’approfondissement des connaissances sur la spécificité des pratiques alternatives en santé mentale, le Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec s’est associé à plusieurs partenaires communautaires et académiques afin de développer son propre programme de recherche. Ainsi, depuis 1992, le RRASMQ participe à l’Équipe de recherche et d’action en santé mentale et culture (ÉRASME). Cette équipe de recherche en partenariat a obtenu depuis 1993 plusieurs subventions du Conseil québécois de la recherche sociale (CQRS) pour le programme de recherche Les pratiques alternatives et communautaires en santé mentale dans un Québec pluriethnique.

Une conception radicale du partenariat

Le fonctionnement de l’équipe et ses travaux s’inspirent d’une conception radicale du partenariat : par un souci de considérer chaque partenaire comme un acteur à part entière dans la formulation et l’opérationnalisation de questions de recherche ; par un désir de promouvoir les échanges entre les partenaires de l’équipe à partir de leurs différences et des expériences qui sont les leurs en matière de rapport à l’État, d’analyse des lignes de transformation du Québec contemporain ; par le souci de solliciter l’analyse comparative des résultats des différentes recherches et de préciser les axes d’un horizon théorique commun. Au cours des dernières années, le thème de la souffrance sociale, qui interpelle la tendance contemporaine à la médicalisation des problèmes sociaux, s’est dessiné comme susceptible de mettre en résonance les différentes explorations qui se déploient à partir d’ÉRASME.

Les objectifs de l’ÉRASME

L’Équipe de recherche et d’action en santé mentale et culture s’est donnée plusieurs objectifs :

1) Enrichir les pratiques alternatives et communautaires en santé mentale à partir d’une meilleure connaissance des dynamiques communautaires et du point de vue des personnes qui fréquentent les ressources.

2) Mieux connaître les pratiques alternatives et communautaires en santé mentale développées par les différentes communautés culturelles qui constituent la société québécoise, incluant la communauté francophone et tout particulièrement les pratiques développées par les ressources alternatives membres du RRASMQ.

3) Contribuer à enrichir les débats contemporains en matière de pluralisme et du repartage des rôles entre l’État, les institutions, les groupes communautaires et les communautés.

4) Partager les expériences respectives en matière d’expérimentation de modèles de pratiques alternatives et créer des nouvelles méthodes de recherche et d’évaluation des pratiques respectueuses des philosophies communautaire et alternative.

Composition de l’équipe de recherche

L'ÉRASME est une équipe pluridisciplinaire constituée de différents types de partenaires :

- Des partenaires communautaires : le Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec (RRASMQ) ; la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) ; l’Organisation des jeunes de Parc-Extension (PEYO);

- Des chercheurs et chercheures académiques : Gilles Bibeau (Université de Montréal), Louise Blais (Université d’Ottawa), Ellen Corin (Université McGill), Jocelyne Lamoureux (Université du Québec à Montréal), Lourdes Rodriguez del Barrio (Université de Montréal) et Cécile Rousseau (Université McGill).

- Des chercheurs et chercheures communautaires qui travaillent sur le terrain en étroite collaboration avec les organismes communautaires : Cécile Marotte (TCRI), Marc Perreault (PEYO).

Les projets de recherche développés par le RRASMQ dans le cadre de l’ÉRASME

Les projets de recherche réalisés ou en cours visent à développer des approches évaluatives des pratiques du point de vue des personnes usagères en tenant compte de la place que ces pratiques occupent dans leurs trajectoires de vie et dans leurs vies quotidiennes. Cette approche permet de poser de l’intérieur, c’est-à-dire du point de vue des premiers acteurs concernés, la question de l’impact et de l’efficacité de la gamme des traitements reçus et des formes de soutien. Ces recherches visent aussi à mieux comprendre les processus d'appropriation du pouvoir et de rétablissement du point de vue des personnes ayant vécu l’expérience de la psychose ou souffrant de graves problèmes en santé mentale. Dans cette perspective, l’analyse de récits de vie est au cœur du processus de recherche.


Le Conseil québécois de la recherche sociale a financé deux grands projets :

- La spécificité des pratiques alternatives : discours et pratiques des usager-ère-s (Lorraine Guay, Ellen Corin et Lourdes Rodriguez).

L’objectif général de cette recherche est de contribuer à l’évaluation et au renouvellement des modèles de pratiques alternatives en santé mentale, à partir du point de vue des personnes usagères. Elle tente plus particulièrement de cerner la perception que les personnes usagères ont des ressources alternatives et de leur spécificité et d’examiner la place occupée par celles-ci dans leur trajectoire de vie et dans leur vie quotidienne. Il s’agit aussi de cerner la place occupée par la ressource alternative dans le contexte plus large du recours à d’autres acteurs et secteurs tels que la famille, les proches, les ressources du milieu et les institutions de santé.


- Les modèles de pratique de réadaptation-réinsertion en santé mentale : Étude comparative des processus et d’impact (Ellen Corin et Lourdes Rodriguez).

Cette recherche vise à dégager l’impact de modèles sous-régionaux d’organisation des services en santé mentale sur les pratiques et les philosophies d’intervention ainsi que le rôle joué par les divers organismes dans la vie des personnes et dans leur trajectoire d’insertion. Les données et réflexions qui émergent de ce projet ont permis notamment de donner un éclairage particulier (peu sollicité jusqu’ici) aux débats contemporains sur le développement de réseaux intégrés de services en santé mentale en situant les enjeux non pas tant du côté de l’organisation des services mais du point de vue des personnes usagères et dans la perspective des pratiques.


L’implication de l’ÉRASME au RRASMQ se concrétise aussi dans des démarches proches de la recherche-action dans le cadre de projets-pilotes :

- Projet-pilote d’accompagnement à la gestion autonome de la médication dans dix ressources alternatives (Lourdes Rodriguez et Marie Drolet).

Dans le prolongement de nombreuses années de réflexion poursuivie au RRASMQ sur la place de la médication dans les pratiques en santé mentale dans le Québec contemporain, sur son statut de principale réponse à la souffrance psychique, un projet-pilote d’accompagnement à la gestion autonome de la médication a été mis sur pied dans dix ressources alternatives à partir de 1998 ; l’Association des Groupes d’Intervention en Défense de Droits du Québec (AGIDD-SMQ) collabore à ce projet. Des chercheures de l’ÉRASME en ont assuré le suivi évaluatif d’implantation. (Rodriguez et Poirel, 2001) Les chercheures impliquées dans ce projet ont collaboré étroitement à l’élaboration d’outils tels Gestion autonome de la médication. Guide d’accompagnement pour les ressources alternatives et Gestion autonome des médicaments de l’âme. Mon Guide personnel. L'ÉRASME poursuit son engagement dans l’approfondissement des pratiques gravitant autour de cette approche novatrice en santé mentale.


- Projet-pilote visant l’élargissement et le développement des pratiques autour de la gestion autonome de la médication (Lourdes Rodriguez, Ginette Rousseau, Nadine Perron et Marie-Laurence Poirel). Ce projet est financé par le ministère de la Santé et des Services sociaux.

Dans leur expérimentation de pratiques d’accompagnement à une gestion autonome de la médication en santé mentale, les dix ressources impliquées dans le projet-pilote initié à partir de 1998 ont constaté l’importance de ne pas travailler à l’écart du reste du réseau en santé mentale. La plupart des personnes vivant des difficultés de santé mentale ne consultent pas exclusivement à l’intérieur du réseau alternatif. Afin que les personnes en cheminement reçoivent tout le support qui leur est nécessaire, il est apparu indispensable d’obtenir la collaboration du réseau public dans cette nouvelle approche. Ce projet-pilote vise donc à transmettre l’expérience qui s’est poursuivie pendant plusieurs années dans dix ressources à l’ensemble du réseau alternatif (organisation d’une tournée provinciale de formation) et à expérimenter une collaboration avec le réseau communautaire et le réseau public des services en santé mentale dans trois régions-pilotes. Plus précisément, l’objectif général consiste à développer, à expérimenter et à évaluer des pratiques prometteuses entourant l’accompagnement des personnes usagères dans une démarche d’appropriation du pouvoir et d’amélioration de leur qualité de vie en ce qui concerne les conditions de prescription et de suivi du traitement médical dans la communauté.

Autres recherches impliquant une collaboration ÉRASME/RRASMQ

Initiées par des chercheures membres de l’équipe de recherche, d’autres recherches permettent l’exploration approfondie d’enjeux qui rencontrent les préoccupations du RRASMQ :

- Le rapport au politique ou l’espace citoyen du mouvement communautaire autonome au Québec : représentations et pratiques de regroupements nationaux (Jocelyne Lamoureux). Le RRASMQ est l’une des grandes organisations nationales impliquées dans ce projet.


- Les effets de la médicalisation des problèmes psychosociaux sur les politiques sociales, les représentations de soi, et les trajectoires d’aide et d’insertion des usagers (Lourdes Rodriguez). Ce projet est financé par le Fonds québécois de Recherche sur la Société et la Culture.

Ce programme de recherche vise à documenter le rôle joué par la médicalisation des problèmes sociaux dans les processus de stigmatisation et d’exclusion sociale. Dans la perspective de la collaboration avec le RRASMQ, cette recherche vise notamment à développer et à approfondir l’un des enjeux que soulève la gestion autonome de la médication psychiatrique, celui des contraintes imposées par les politiques sociales québécoises. Cet enjeu pose en retour la question des trajectoires individuelles qui sont restées à l’écart de ce mouvement de médicalisation.

Les publications issues du partenariat entre l'ÉRASME et le RRASMQ

Publications scientifiques :

CORIN, Ellen (2002), « Se rétablir après une crise psychotique : ouvrir une voie ? Retrouver sa voix ? », dans la revue Santé mentale au Québec, Vol. XXVII, no.1, pp. 65-82.

CORIN, Ellen (2000), « Le paysage de l’alternatif dans le champ des thérapies », dans la revue Santé mentale au Québec / RRASMQ, numéro spécial, pp. 11-30.

CORIN, Ellen, RODRIGUEZ, Lourdes, GUAY, Lorraine (1996), « Les figures de l’aliénation : un regard alternatif sur l’appropriation du pouvoir », dans la Revue canadienne de santé mentale communautaire, Vol. 15, no. 2, pp. 45-67.

GUAY, Lorraine, RODRIGUEZ, Lourdes (1996), « Durant la dernière décennie en santé mentale... Aurions-nous donc tourné en rond? », dans Revue Santé mentale au Québec, Cahier souvenir, 20 ans de Santé mentale au Québec, regards critiques des acteurs et des collaborateurs, pp. 46-53.

LAMOUREUX, Jocelyne (2001), « Marges et citoyenneté », dans Sociologie et Sociétés, Vol. 32, no. 2, pp. 29-47.

RODRIGUEZ, Lourdes, CORIN, Ellen, POIREL, Marie-Laurence et DROLET, Marie (2002), « Les figures de l’intégration des services et des pratiques. L’épreuve de l’expérience », Santé mentale au Québec, Vol. XXVII, no. 2, pp. 154-179.

RODRIGUEZ, Lourdes, CORIN, Ellen, et POIREL, Marie-Laurence (2002), « Le point de vue des utilisateurs sur l’emploi de la médication en psychiatrie : une voix ignorée », dans Revue québécoise de psychologie, Vol. 22, no. 2, pp. 201-223.

RODRIGUEZ, Lourdes (2001), « Enjeux et paradoxes de l’évaluation dans le champ de la santé et des services sociaux », dans Cahiers de recherche sociologique, no.35, Département de sociologie, Université du Québec à Montréal.

RODRIGUEZ, Lourdes, CORIN, Ellen et GUAY, Lorraine (2000), « Le traitement alternatif : se (re)mettre en mouvement », dans la revue Santé mentale au Québec / RRASMQ, numéro spécial, pp. 49-94.

RODRIGUEZ, Lourdes (2000), « Espaces et pratiques d’exclusion et de soutien face à l’expérience psychotique », dans Cahiers d’anthropologie, no. 3, Université de Montréal.

RODRIGUEZ, Lourdes (2000), « Le corps et ses mirages. Récits et parcours des femmes à travers la folie et sa psychiatrisation » dans Du corps des femmes. Contrôles, surveillances et résistances, sous la direction de Sylvie Frigon et Michèle Kérisit, collection « Études des femmes », Les Presses de l'Université d'Ottawa.

RODRIGUEZ, Lourdes (1999), « Salud mental y rehabilitación: la dinámica de diversificación y homogeneización de organizaciones, discursos y prácticas », dans VERTEX, Revista Argentina de Psiquiatria, aut. 1999.


Autres textes de recherche et publications :

RODRIGUEZ, Lourdes, CORIN, Ellen et GUAY, Lorraine (2001), « Évaluer les pratiques de l’intérieur: le changement du point de vue des usager-ère-s », dans la Revue de l’Association canadienne de la santé mentale-Montréal, section recherche.

RODRIGUEZ, Lourdes et POIREL, Marie-Laurence (2001), La Gestion autonome de la médication: pour une contribution au renouvellement des pratiques en santé mentale, Rapport de recherche, en collaboration avec le RRASMQ, et l’AGIDD-SMQ.

RODRIGUEZ, Lourdes (1997), « L’appropriation du pouvoir du point de vue des usagers et usagères des services en santé mentale », dans Vivre en santé mentale dans la communauté: une responsabilité à partager, Actes du Colloque de l’Association canadienne pour la santé mentale, filiale de Montréal.

RODRIGUEZ, Lourdes (1993), « Le RRASMQ et le projet Les pratiques alternatives et communautaires en santé mentale dans un Québec pluriethnique », dans L'Entonnoir, revue du Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec, Vol. 10, nos 2-3, juin.

RODRIGUEZ, Lourdes et GUAY, Lorraine (1996), « L'évaluation, pourquoi ? Renouvellement des systèmes: système public et système communautaire », dans Évaluer, pourquoi ?, Gouvernement du Québec, ministère de la Santé et des Services sociaux, Conseil québécois de la recherche sociale, Québec.

Activités de transfert et participation à l’élaboration d’outils de formation

L’enjeu du transfert est au c?ur de la conception du partenariat portée par l'ÉRASME. Parmi les différentes activités poursuivies dans le sillon du partenariat avec le RRASMQ (documents, formations, organisation d’événements?), soulignons notamment :

- L’implication étroite de chercheures de l’ÉRASME (Marie-Laurence Poirel et Lourdes Rodriguez) dans l’élaboration des outils qui ont accompagné le développement des projets-pilotes autour de la gestion autonome de la médication : rédaction de La gestion autonome de la médication : pour un renouvellement des pratiques en santé mentale ; participation à l’élaboration des documents Gestion autonome de la médication de l’âme. Mon guide personnel et Gestion autonome de la médication. Guide d’accompagnement pour les ressources alternatives, ainsi qu’au canevas d’une formation sur l’approche de gestion autonome de la médication qui a jusqu’ici rejoint plus d’une centaine de ressources alternatives et organismes communautaires en santé mentale dans les différentes régions du Québec. Cécile Rousseau, psychiatre, a animé dans le cadre d’activités du RRASMQ des demi-journées de réflexion sur les aspects symboliques de la médication utilisée en psychiatrie.

- La création et l’expérimentation de la formation « Mouvements sociaux et citoyenneté », projet financé par le ministère de l’Éducation et le service aux collectivités de l’Université du Québec à Montréal (Jocelyne Lamoureux et Lorraine Guay). Un outil-synthèse de cette formation est en cours d’élaboration (vidéos et cahier d’animation).

Pour nous rejoindre :

Lourdes Rodriguez del Barrio
École de service social
C.P. 6128, Succ. Centre-ville
Montréal (Québec) H3C 3J7
lourdes.rodriguez.del.barrio@umontreal.ca


Jocelyne Lamoureux
Département de sociologie
Université du Québec à Montréal
C.P. 8888, Succ. Centre-Ville
Montréal (Québec) H3C 3P8